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Les banques centrales : en guerre contre les marchés ? – Macroscope 

 octobre 4, 2022

By  Laurie Cardile

Les banques centrales : en guerre contre les marchés ?

Alors que les banques centrales ont généralement assumé ces dernières années le rôle de sauveteur ultime du marché – et pour les plus optimistes, de l’économie en général – comme on l’a encore vu au plus fort de la crise de la Covid-19, elles sont récemment presque toutes passées en mode guerrier contre le marché, y compris contre les conséquences de leurs propres actions ! Cela peut augurer d’épisodes turbulents sur les bourses mondiales.

Dernier exemple en date : la banque centrale d’Angleterre. Alors qu’elle monte ses taux directeurs depuis fin 2021 déjà, en avance sur la Banque Centrale Européenne et même sur la Réserve fédérale américaine (Fed), elle a annoncé le 28 septembre dernier à la surprise générale un programme d’achat d’obligations d’État britanniques à longue maturité pour un montant à venir de 65 milliards de livres (près de 75 milliards d’euros). L’objectif est de contrer la hausse des longs taux, alors même qu’elle s’apprêtait à dégonfler son bilan – une décision remise à plus tard. Elle tente ainsi de modérer l’impact très négatif sur les taux causé par l’annonce des mesures fiscales prônées par la nouvelle première ministre, Liz Truss. Cette dernière a attisé la défiance du marché en prévoyant d’endetter massivement l’État pour financer la protection des ménages contre le coût de l’énergie et relancer la croissance. Moins de rentrées, davantage de dépenses : le marché ne pouvait pas apprécier. La livre sterling ne pouvait que chuter. Ce qu’elle fait de façon spectaculaire, atteignant des plus bas historiques contre le dollar. Pour lutter contre la défiance du marché, la banque centrale pris à rebours sa propre politique de hausse de taux en faisant baisser les rendements des longues maturités. Les hausses de taux sont pourtant censées calmer l’inflation, contre laquelle justement se bat le gouvernement ! Elle met ainsi des bâtons dans ses propres roues, déjà bien abimées, ainsi que dans celles du gouvernement, dont elle essaie pourtant de rattraper les errances…

Elle n’est pas la seule banque centrale à agir contre le marché. La Banque du Japon ne desserre pas d’un pouce ses taux quasi nuls, alors que l’inflation s’installe doucement et que le Yen chute contre le dollar à une allure vertigineuse. Résultat : elle doit vendre du dollar contre du Yen pour soutenir la devise, mais cette manœuvre n’aboutit à quasiment rien, en l’absence de politique monétaire moins accommodante. Dans sa lutte contre le marché des changes, elle apparaît pour l’instant peu armée.

Toute l’Asie, à vrai dire, doit lutter contre un dollar trop fort. Taïwan instaure un contrôle des changes, l’Indonésie et l’Inde interviennent pour soutenir leur monnaie. Plus systémique, le Yuan retrouve des niveaux de faiblesse contre le dollar inédits depuis 2008. La banque centrale chinoise doit fixer un taux de change supérieur aux anticipations du marché, pour la vingt-cinquième fois d’affilée. Mais en vendant des obligations américaines contre du Yuan pour modérer la pression baissière sur sa devise, elle contribue à faire monter le rendement des obligations américaines, ce qui accroît encore le différentiel de taux favorable au dollar ! Là encore, l’arme monétaire se retourne en partie contre elle-même.

Rien ne va donc plus entre les banques centrales et le marché. La principale assaillante est évidemment la Fed, qui poursuit inexorablement sa politique de montée des taux, et donc du dollar, afin de ralentir l’économie et faire refluer l’inflation. Elle y parviendra : l’inflation est certes toujours au plus haut, mais de certains signes précurseurs pointent vers une accalmie, notamment sur l’immobilier américain. Mais les épargnants souffrent, les entreprises souffrent, et vont avoir du mal à se refinancer, et plus généralement la planète non-américaine souffre d’un dollar très fort, qui pénalise les importateurs de matières premières et soutient l’inflation de ces pays, en particulier la zone euro.

Mais si la Fed est en guerre contre le marché, c’est – dit-elle – pour son bien à long terme, car l’inflation détruit les revenus réels du travail et des actifs financiers. L’horizon long donne un sens à cette croisade de la Fed. Elle pourrait donc rester le sauveteur du marché – malgré lui !

Alexis Bienvenu, Gérant
Rédaction achevée le 30/09/2022

Telex

La France à part. L’inflation en zone euro ressort à 10% pour le mois de septembre, plus haut qu’attendu et bien plus haut que le niveau du mois précédent (9,1%). L’inflation dite ‘’de base’’ (hors énergie et alimentaire) est certes moins élevée, mais affiche les mêmes évolutions, à 4,8%. Aucun signe de modération. Sauf pour la France, qui voit l’inflation dite "harmonisée" refluer à 6,2%, contre 6,6% en août !

Chère Amérique. Les États-Unis ne voient pas la fin de l’inflation. Pour le mois d’août, l’inflation sous-jacente des dépenses de consommation personnelle, "core PCE", la mesure favorite de la Banque centrale américaine, affiche une progression à 4,9%, contre 4,7% le mois précédent. Là encore, aucune bonne nouvelle, alors que d’autres signes d’inflation se modèrent. Il va falloir patienter.

FMI vs Londres : Alors que le Royaume-Uni est souvent perçu comme étant à la pointe de la mondialisation financière, il se voit vertement critiqué par un autre organisme gardien de l’orthodoxie libérale : le FMI. Ce dernier voit d’un très mauvais œil les plans de dépenses non financés, donc inflationnistes et créateurs de dette publique, que vient de présenter le nouveau gouvernement. « Il est important que la politique fiscale ne vienne pas contrecarrer les buts de la politique monétaire », dit-il. Un avertissement adressé également à d’autres gouvernements qui seraient tentés de recourir massivement à la dette pour protéger les ménages contre l’inflation énergétique.

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Laurie Cardile


Philippe Agnelli

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