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La peur gagne-t-elle les banques centrales ? –Macroscope 

 novembre 7, 2022

By  Laurie Cardile

La peur gagne-t-elle les banques centrales ?

Coup sur coup, deux banques centrales viennent de surprendre les marchés en montant leurs taux directeurs moins qu’anticipé. D’autres éludent ou modèrent leurs mesures. Victoire contre l’inflation, ou peur de frapper trop fort ?

Regardons en détail. Le 4 octobre, la banque centrale d’Australie, confrontée à une inflation sous-jacente à plus de 6,6%, relève son taux de 25 points de base, contre 50 attendus. Son niveau est pourtant porté à 2,6%, alors que les Etats-Unis par exemple sont alors à plus de 3%, pour une inflation comparable. A cette nouvelle, les actions locales s’envolent, mais les investisseurs s’interrogent. Bonne nouvelle ou reculade ? Et surtout, est-ce le signal d’un infléchissement pouvant atteindre des banques centrales plus systémiques ?

Une réponse partielle fut donnée le 26 octobre par une autre banque du Commonwealth. Au Canada, le taux directeur est relevé de 50 points de base, à 3,75% au lieu des 4% attendus. Même surprise.

Au pays cœur du Commonwealth, dans un contexte politique certes particulier, la banque centrale d’Angleterre avait, elle aussi, surpris par des mesures d’apaisement du marché obligataire. Fin septembre, au lieu de commencer à dégonfler son bilan comme attendu, elle avait décidé de l’augmenter davantage en achetant dans l’urgence plusieurs milliards d’obligations d’Etat afin d’apaiser la volatilité sur les taux. Le 18 octobre, tout en confirmant son intention d’amorcer le dégonflement de son bilan début novembre, elle renonçait à se délester des obligations aux maturités les plus longues. Autre type de reculade.

Le 27 octobre, la Banque Centrale Européenne a monté ses taux de 75 points de base comme prévu, mais repoussé à décembre sa décision sur le resserrement du bilan, sans indiquer de date. Le marché obligataire a accueilli la nouvelle avec soulagement, le rendement du 10 ans allemand repassant sous les 2%, contre plus de 2,40% une semaine auparavant. Autre nuance d’inflexion.

Enfin, le 28 octobre, la Banque du Japon persistait dans sa posture ultra accommodante en s’engageant à maintenir ses taux à un niveau quasi nul, alors que l’inflation sous-jacente actuelle dans la région de Tokyo est la plus élevée depuis 25 ans à 2,2% – hors effet dû à l’augmentation de la TVA en 2014.

Ces mesures véhiculent un message : contrairement à ce que laissait entendre le ton martial de la plupart des banques centrales depuis l’été, la guerre contre l’inflation ne sera pas une guerre à outrance. Même la Fed, si l’on en croit le Wall Street Journal1, songerait à infléchir le rythme futur du resserrement. Les propos du président de la Fed lors de sa conférence de presse le 2 novembre pourraient refléter une forme d’inflexion, légère peut-être, mais très significative pour les marchés.

Peut-on pour autant parler de ‘’pivot’’ accommodant dans la politique monétaire ? Certes non, car les taux directeurs devraient monter quelques mois encore. Victoire contre l’inflation ? Pas encore, du moins pas dans l’inflation constatée. Peur de resserrer trop fort alors ? En partie. Mais au vu du chemin accompli, prendre le temps d’évaluer les conséquences des mesures prises, n’est-ce pas une prudence légitime, voire salutaire ?

Dans cette hypothèse, il semble probable que le rythme d’augmentation des taux décroisse désormais presque partout. A l’inverse, l’hypothèse de taux directeurs qui dépasseraient les taux actuels d’inflation sous-jacente – comme ce fut le cas dans les années 80 – perd en probabilité. Le soulagement du marché obligataire se comprend.

Mais gare aux facteurs qui pourraient soutenir l’inflation ces prochaines années, comme les relocalisations ou les crises énergétiques et environnementales. Car dans ce cas, une nouvelle vague de resserrements plus douloureux pourrait s’avérer nécessaire.

Est-ce que ces facteurs l’emporteront sur le resserrement déjà en place ? Seul le temps le dira, car si les dernières années nous ont appris une chose en politique monétaire, c’est que malgré tous les efforts des banques centrales, l’inflation reste souvent immaîtrisable, à la hausse comme à la baisse. C’est pourquoi ces dernières s’en tiennent désormais aux données avérées d’inflation davantage qu’aux prévisions. En cela réside leur sagesse actuelle, au prix d’une moindre prévisibilité.

Alexis Bienvenu, Gérant
Rédaction achevée le 28.10.2022


Telex

La préférée de la Fed. L’inflation sous-jacente des dépenses de consommation des ménages aux Etats-Unis, la mesure ‘’préférée’’ de la Fed pour évaluer l’augmentation des prix, s’élève à 5,1% en septembre, confirmant sa remontée depuis juillet où elle était redescendue à 4,7%. Cette remontée, anticipée par le consensus de marché, n’est pas une surprise et confirme le caractère durable de l’inflation hors énergie. Cela confortera la Fed dans le relèvement de son taux directeur le 2 novembre prochain, à raison de 75 points de base d’après le consensus, ce qui le porterait à 4% (pour la borne supérieure). A ce niveau, le taux directeur se situerait encore à 1% environ, sous le niveau actuel d’inflation sous-jacente, ce qui laisse une marge à peu près équivalente pour continuer le relèvement des taux au-delà de 4%, sous réserve que cette mesure d’inflation reste proche de ses niveaux actuels

Bolide allemand. L’inflation allemande harmonisée aux standards européens accélère encore à 11,6% au mois de septembre contre 10,9% en août, soit près de deux fois le rythme français. Ce dernier se monte à 7,1%, en forte hausse également par rapport au mois précédent (6,2%). Depuis septembre cependant, le prix du gaz a nettement baissé, ce qui pourrait freiner les prochains pics d’inflation.

Lumières normandes. Interrogée en conférence de presse après la réunion de la BCE au sujet de l’éventuelle contribution positive à l’inflation des mesures fiscales décidées par certains Etats européens pour soutenir les entreprises et les ménages face à l’augmentation des prix de l’énergie, la présidente de la BCE a été très claire : « p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non » (sic, 50’28’’ de la vidéo).

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Laurie Cardile


Philippe Agnelli

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